Chiffres clés e-commerce 2026 (Fevad) : un marché mature entre dans son âge agentique
En 2025, le e-commerce français frôle le cap des 200 milliards (196,4 milliards d’euros de CA, 3,2 milliards de transactions). Mais le signal le plus important de l’édition 2026 des « Chiffres clés e-commerce » de la FEVAD n’est pas ce record. Il tient dans un basculement : celui d’un secteur arrivé à maturité qui entre dans son âge agentique.
La croissance ralentit (+7%, contre +9,6% en 2024) et change de nature. Avec le reflux de l’inflation, ce ne sont plus la valeur et les prix qui tirent le marché, mais les volumes et la fréquence. Le e-commerce n’a plus à démontrer sa solidité ; l’enjeu se déplace vers ce qui viendra la prolonger. Et cette relève a un nom : l’intelligence artificielle.
Un marché mature, désormais tiré par les usages
La mécanique de croissance s’est inversée. Les Français achètent plus souvent en ligne, mais dépensent moins par acte : le panier moyen recule à 62€ (-3%), et la moitié des transactions portent sur moins de 30€.
Derrière le chiffre global, deux régimes coexistent. Les services (120,3 milliards d’euros, +9%) tirent la dynamique, portés par les séjours, le transport et les sorties culturelles, tandis que les produits progressent plus sobrement (76,1 milliards, +4%). Cette maturité se lit aussi dans le poids pris par le canal : 12% du commerce de détail, près de 30% sur les univers non-alimentaires, et des marketplaces qui concentrent désormais un tiers des ventes de produits en ligne.
Le paradoxe du secteur reste sa structure : atomisé en apparence, concentré en réalité. Sur les 158 200 sites marchands actifs (+7%), 1% seulement dépassent 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, alors qu’ils captent près de 80% de la valeur. Cette plateformisation, qui n’empêche pas le secteur de rester un moteur d’emploi (234 000 emplois, +9%), oriente les priorités d’investissement des acteurs : cybersécurité, marketing, international et monétisation de l’audience arrivent en tête. Des leviers de différenciation dans un marché où la taille critique se joue de plus en plus sur la donnée et la technologie.
Des usages ancrés dans le quotidien
Côté demande, le e-commerce continue de se démocratiser. 42,2 millions de Français achètent en ligne, soit 600 000 de plus en un an, avec une pénétration quasi totale chez les actifs et les cadres. Ce n’est plus l’adoption qui progresse, mais l’intensité d’usage : 75 achats par an et par acheteur, un rythme qui ancre le e-commerce dans les modes de consommation.
Le vrai déplacement est celui du terminal. Le mobile bondit (+7 points) et talonne l’ordinateur, dans un parcours devenu structurellement multi-écrans. Pour les marques, la conséquence est directe : l’expérience se pense désormais mobile-first, sur des sessions courtes et fragmentées.
La seconde main, elle, a dépassé le stade de la tendance pour devenir un usage récurrent. Plus de 4 cyberacheteurs sur 10 ont acheté un produit d’occasion en 2025. L’occasion ne cannibalise pas le neuf : elle le complète. Dans la mode, les produits culturels ou les jeux et jouets, une part croissante d’acheteurs arbitre entre les deux au sein d’un même univers.
L’âge agentique s’ouvre
C’est la rupture de l’édition 2026 : le commerce agentique s’impose comme une tendance de fond. L’IA générative n’est plus un chantier d’expérimentation : 94% des e-commerçants l’ont adoptée, et 87% constatent déjà des évolutions concrètes sur leurs compétences et leurs process. Interrogés sur les innovations les plus prometteuses à trois ans, les dirigeants placent le commerce agentique juste derrière l’IA elle-même. Le potentiel se concentre là où la valeur relationnelle et commerciale est la plus forte : relation client (85%) et marketing (84%) devancent nettement la logistique ou le paiement.
Mais le mouvement ne se limite pas à l’offre. Près d’un cyberacheteur sur trois utilise déjà l’IA dans ses achats, surtout en amont, pour rechercher, comparer, arbitrer. Chez les utilisateurs réguliers, l’usage se concentre avant l’achat (58%), après (35%) et demeure limité sur les étapes transactionnelles (27%). L’IA quitte ainsi le back-office des marchands pour s’installer dans le parcours des clients, à l’endroit précis où se joue la décision.
Ce que 2026 impose aux marques
Le e-commerce français a gagné son pari de solidité. Sa prochaine croissance ne se jouera plus sur les volumes, mais sur la qualité de l’expérience, avec l’IA au coeur de sa transformation. Pour les marques, la vraie question n’est plus de savoir si l’agentique redéfinira le parcours d’achat, mais à quel rythme elles sauront s’y positionner avant que l’intermédiation ne leur échappe.
« Les chiffres clés e-commerce 2026 de cette édition montrent que le e-commerce est aujourd’hui bien plus qu’un secteur : c’est un mode de consommation durablement ancré dans le quotidien des Français, qui continue de se réinventer au rythme des innovations. Mais le fait marquant de cette année est sans doute ailleurs : l’intelligence artificielle transforme déjà profondément notre secteur. En quelques années seulement, elle est en train de redéfinir les parcours d’achat, les métiers et les modèles économiques. Plus que jamais, disposer de données fiables est indispensable pour comprendre ces mutations et accompagner l’ensemble des acteurs de la filière », déclare Marc Lolivier, délégué général de la Fevad.
