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Le Quick commerce va-t-il transformer l’essai en 2022 ?

Le quick commerce a séduit les Français en 2021, mais quelles seront vraiment ses perspectives au sortir de la pandémie ? Durant les périodes de confinement et de couvre-feu, les consommateurs ont choisi l’option des courses en lignes pour limiter leurs déplacements. Drive, drive piétons, livraison des enseignes de la grande distribution… Le quick commerce ajoute une option supplémentaire à un éventail déjà bien fourni de services de livraison. La différence ? Une question de temps : les services promettent de livrer les courses en moins d’une heure. Cette notion d’urgence aura-t-elle encore sa place dans « le monde d’après » ? Et comment articuler ce service avec les exigences de consommation responsable ?

Quick commerce en France : les chiffres à retenir

Début janvier, le cabinet d’analyse IRI a dévoilé les résultats de son étude sur le quick commerce, menée à partir des données de paiements bancaires de 350 000 consommateurs français. Le premier chiffre qui frappe est nécessairement celui de la croissance. En 2021, l’activité du quick commerce a affiché une croissance de +86% par rapport à 2020.

Mais ce chiffre doit être remis en perspective. Avec un chiffre d’affaires global de “seulement” 122 millions d’euros, il reste loin derrière le marché global du commerce d’alimentation en ligne. En 2021, il a pesé 9 milliards d’euros. Au final, le taux de pénétration du quick commerce en France n’est que de 1,5% des foyers français. Mais ce chiffre, a priori faible, ne rend pas compte des fortes disparités territoriales. Car le quick commerce ne se développe pas partout au même rythme.

Consommateurs des villes et consommateurs des champs ne sont pas logés à la même enseigne en matière de quick commerce. L’étude de l’IRI démontre bien que le quick commerce se développe principalement dans les agglomérations. Et c’est Paris qui donne le La pour l’instant. Le taux de pénétration du quick commerce y est nettement plus élevé : 11,5% contre 1,5% sur l’ensemble du territoire.

Enfin, un chiffre qui témoigne de l’intérêt des consommateurs pour le quick commerce : la fréquence d’achats. Contre toute attente, la tendance prouve que l’effet de mode est dépassé. En moyenne, les Français ont eu recours 8 fois à un service de livraison rapide en 2021. La fréquence de ré-achat et la fidélité au service qu’elle implique tendent à prouver que les consommateurs sont donc satisfaits de cette nouvelle option d’achat en ligne.

Une tendance de consommation sur la durée ?

Alors, le quick commerce : mode éphémère ou tendance de fond ? Certes les consommateurs adeptes du e-commerce semblent avoir pris goût à des délais de livraison toujours plus courts. Car si en commerce physique, le pic de stress se situe au moment du passage en caisse, pour la vente en ligne, c’est bien le temps de livraison qui génère le plus d’anxiété chez les consommateurs.

Dans le domaine des courses alimentaires, la demande est renforcée par un accès limité au drive dans certaines zones urbaines. A Paris par exemple, les grandes enseignes de distribution ont du mal à investir dans des espaces adaptées au drive en voiture. Par ailleurs, la mobilité des consommateurs en zone urbaine évolue. Les consommateurs urbains, surtout parmi les jeunes générations, sont moins nombreux à posséder un véhicule. Et si l’avenir est bel et bien à la mobilité partagée, alors le drive en voiture ne semble pas être une initiative capable de répondre aux attentes de tous les consommateurs. Autant d’éléments qui valident l’intérêt du quick commerce au-delà du contexte sanitaire éphémère.

Et les enjeux de consommation responsable dans tout ça ?

En 2021, la consommation plus responsable était une tendance forte. Les consommateurs attendaient une démarche plus responsable de la part des enseignes. Pourtant ils plébiscitent les commandes en ligne et des moyens de livraison dont l’impact environnemental ne cesse de s’alourdir.

En matière de quick commerce, les questions qui fâchent sont déjà sur la table, et l’année 2022 risque fort de sensibiliser les consommateurs aux problématiques inhérentes à ce nouveau service. Ainsi le 19 décembre dernier, le premier adjoint à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, est monté au créneau contre les dark stores, ces entrepôts utilisés pour le quick commerce. Dans une tribune, il dénonçait notamment la précarisation des livreurs. “Peut-on accepter de laisser se normaliser une telle précarité des livreurs qui sont pour l’essentiel non-salariés, privés de couverture sociale et soumis à la bonne notation des clients ?”

Emmanuel Grégoire dénonçait aussi l’impact de ces dark stores sur l’aménagement de l’espace urbain. “Plus d’une dizaine de plateformes de quick commerces se partagent aujourd’hui le marché parisien, en transformant des commerces de proximité en lieux de stockage de marchandises, qui voient défiler chaque jour à leurs abords des attroupements de centaines de livreurs.”

Le quick commerce hors marché alimentaire

Si le quick commerce a de quoi donner des sueurs froides à l’élu parisien, c’est qu’il n’en est encore, en France, qu’à ses balbutiements. Ailleurs dans le monde, le quick commerce s’est déjà émancipé du marché alimentaire pour s’intéresser à d’autres types de produits. Concrètement, la livraison ultra-rapide peut concerner n’importe quel article facilement transportable.
En Espagne, Glovo permet à tous ses partenaires commerciaux de livrer les articles stockés dans leurs dépôts : produits de beauté, électronique, articles de pharmacie… Et aux Etats-Unis, le groupe Estée Lauder a conclus un partenariat avec Uber Eats en mai dernier. La promesse ? Se faire livrer son parfum ou ses produits de beauté en une journée seulement. Quel est l’intérêt ? Petit élément de réponse avec une observation calendaire : le service de livraison a été inauguré pour la fête des mères. De quoi séduire les acheteurs tardifs pour les grands rendez-vous commerciaux.

Photo de Artem Podrez provenant de Pexels